Résumé

La Financiarisation de l’économie nous a, depuis cinq décennies, poussé à négliger les investissements et budgets servant la santé, les fonctions régaliennes (sécurité, justice, protection sociale, éducation…) et les besoins à long terme, avec des conséquences immédiates, à court et à long terme que l’épidémie actuelle met en évidence. La France est vulnérable à cause de l’austérité néo-libérale et pour aussi longtemps que nous ne changeons pas de paradigme économique, elle continuera à s’affaiblir.

 


 

Les premières conséquences immédiates que l’on mesure ici et maintenant sont le manque de masques, de vêtements de protection, de kits pour tests de contamination, de respirateurs à oxygène (l’Allemagne en à sept fois plus, ce qui explique leur taux de mortalité extrêmement faible) et de lits de soins intensifs… C’est le fruit de cinquante ans d’austérité néo-libérale.

À court terme

Nous prenons du retard avec des querelles de responsabilités et d’écoles, des programmes de test et validation de traitements préventifs et curatifs sur suffisamment de patients (300 environ ?), à des stades comparables de contamination, d’au moins quatre médicaments existants, prometteurs en théorie, mais présentant des risques.[1]

À moyen terme

Sur la mise au point d’un vaccin fiable. Au moins vingt laboratoires y travaillent dans le monde, dont l’Institut Pasteur. Mais avec quels moyens ? Nous le savons bien, les budgets sont étrillés tous les ans depuis des années et ce n’est pas l’enveloppe recherche revue à la hausse qui fera la différence. Les chercheurs le disent tous, ce n’est simplement pas assez.

À long terme

Il faudra irrémédiablement lancer des investissements de nature à rétablir la confiance en la société et en l’avenir, qui faiblit plus nettement depuis 2008. Ces investissements feront face aux vrais défis de notre temps : changement climatique, non-renouvellement des écosystèmes, épuisement des ressources naturelles, et déséquilibres en résultant, y compris l’apparition de nouvelles épidémies [1]… dont le Covid-19 pourrait être un exemple, disent certains experts. Le retour de ces investissements à très long terme (ITLT) sera de 30 à 100 ans et aura 0,75 à 2% de rendement pour l’investisseur. Ils seront garantis par la Banque publique d’investissements (BPI). Celle-ci sera le maître d’œuvre d’un grand appel à l’épargne publique, fortement favorisé par l’abolition des impôts sur les revenus des personnes physiques et morales. Précisons qu’ils seront les seules niches fiscales disponibles, les autres auront été supprimées avec les impôts auxquels ils étaient rattachés. La BPI aura la capacité de garantir souverainement les ITLT comme autrefois le Crédit national ou la Caisse des Dépôts.

La relance de l’économie, le retour de la confiance et la transition biocompatible

Les ITLT sont à la base de la relance de l’activité et de l’emploi. L’Insee estime que l’épargne française, en 2020 est de l’ordre de 1 500 Mrd EUR, en 2019, ce sont 135 Mrd EUR en plus. Il sera aisé de mobiliser 100 Mrd EUR par an pendant dix ans et créer ainsi 300 000 emplois par an en France qui seront en particulier affectés aux activités de la conversion biocompatible de notre économie puisque cible des ITLT. Les firmes en bénéficieront sous forme de fonds permanents (ou quasi-fonds propres) apportés seulement par des résidents français, donc n’aggravant pas la dette étrangère.

Ces investissements sont aussi gage de retour de la confiance. En finançant le retour à la normale du secteur de la santé publique : nos malades seront pris en charge à nouveau dans délais raisonnables et dans des conditions dignes pour guérir au plus vite.

Nous avons cependant aussi besoin d’un retour de la confiance :

  • Dans la sécurité générale et civique : notre économie, bien que forcée à ralentir, satisfait quand même les besoins essentiels, et ceci sans désordre public.
  • Dans la monnaie : celle-ci aujourd’hui ne repose plus que sur la capacité à servir une dette colossale (Étalon-Dette). C’est possible seulement si une activité minimale et les pouvoirs d’achat en résultant sont maintenus.
  • En la capacité des banques centrales, du FMI et autres institutions financières, à négocier entre elles un moratoire général sur la dette mondiale, laquelle mine toutes les autres confiances. [2]

Mais pour cela nous devons retrouver la confiance en nos élus et fonctionnaires pour qu’ils réforment enfin nos institutions, de façon à nous libérer des erreurs fondamentales commises depuis six décennies :

  • Redonner le pouvoir à une société civile de citoyens d’une République laïque sans exceptions, voir Ce que nous croyons – Comité Bastille;
  • Mettre fin au pouvoir de fait d’élites n’ayant plus l’expérience vécue que partagent des millions de citoyens ;
  • Réformer la fiscalité pour tuer dans l’œuf l’endettement fatal n’enrichissant plus que la grande évasion légalisée, gérée depuis les paradis fiscaux, et accroissant les inégalités de conditions, voir L’IPP en quelques mots – Comité Bastille;
  • Mettre fin aux conflits de pouvoir et de territoire entre un pouvoir central de professionnels de la politique et les collectivités gérées par des élus locaux avec des moyens qui s’amenuisent…

André Teissier du Cros & Clément Carrue


[1] Avigan (Japon), Hydroxy-chloroquine (France, Chine), Remdesivir (USA), Combinaison Lopinavir/Ritonavir (Chine).

[2] Ce moratoire commencerait par effacer des dettes de chacun la part financiarisée, donc usuraire, s’étant traduit par des intérêts abusifs ; ensuite les dettes respectives seraient réduites proportionnellement.